[Programme Mégafaune] Mission émergence de tortillons aux atolls d’Entrecasteaux
23 February 2026
Ce dimanche 22 février, une nouvelle campagne scientifique conduite par le WWF appareillait pour les atolls d’Entrecasteaux, dans le cadre du volet Tortues marines du programme de suivi de la mégafaune du Parc.
Cette opération marque une étape clé de la saison de reproduction 2025-2026. Elle vise à approfondir les connaissances sur l’une des principales zones de ponte des tortues vertes du Pacifique et à mieux anticiper les effets du changement climatique sur leur cycle de vie.
Situés à plus de deux jours de navigation de la Grande Terre, les atolls d’Entrecasteaux constituent un site d’importance internationale pour la reproduction des tortues vertes (Chelonia mydas). Inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, ces îlots isolés offrent des plages propices à la ponte, mais restent particulièrement vulnérables aux effets du dérèglement climatique.
L’élévation du niveau de la mer, l’érosion côtière et l’augmentation des températures modifient progressivement les conditions d’incubation des œufs et la stabilité des plages. Dans ce contexte, le suivi scientifique engagé sur ces sites revêt une importance stratégique pour adapter les mesures de gestion.
Une mission centrée sur l’émergence des tortillons
Cette campagne correspond à une période charnière : celle de l’émergence des tortillons. Après les pontes observées en début de saison, les équipes reviennent sur site pour évaluer le succès de reproduction et collecter des données essentielles à la compréhension de l’espèce.
Plusieurs opérations seront menées du 22 février au 3 mars :
- récupération des thermomètres installés dans les nids lors de la ponte afin d’analyser les températures d’incubation, paramètre déterminant la survie et le sex-ratio des tortillons ;
- suivi des émergences, dans le but d’identifier le succès de reproduction et documenter la prédation ;
- prélèvements d’échantillons ADN sur les tortillons morts afin d’améliorer la connaissance des populations et de leur connectivité ;
- récupération des données images générées par les pièges photographiques déployés lors des missions précédentes, afin de déterminer le pic de la saison de ponte;
- relevés géomorphologiques destinés à suivre l’évolution des plages / l’habitat de ponte
L’ensemble de ces données contribuera à affiner l’évaluation de l’état de conservation de la population et à orienter les stratégies de gestion du Parc.
Un programme partenarial d’envergure
Cette campagne du volet Tortue marine de Mégafaune, coordonnée par le WWF, mobilise un agent du service du parc naturel de la mer de Corail et de la pêche, ainsi que des chercheurs spécialisés en écologie, géomatique et dynamique du littoral de l’UNC.
En effet, au-delà du suivi des tortues marines, ces missions intègrent la réalisation de relevés géomorphologiques afin de documenter l’évolution de l’habitat de ponte : largeur des cordons sableux, traces d’érosion, impacts des tempêtes ou submersions.
Ces observations permettent de croiser données biologiques et dynamiques côtières, et d’inscrire la conservation des tortues dans une approche écosystémique plus large.
Sept missions de terrain sont prévues sur deux saisons de reproduction (2025-2026 et 2026-2027). Celle-ci constitue la dernière opération de la saison en cours, et permettra de consolider les premières analyses engagées depuis novembre. En conjuguant expertise scientifique, suivi de terrain rigoureux et coopération partenariale, ces recherches contribuent à renforcer la connaissance et la protection d’un patrimoine naturel exceptionnel.
Le volet Tortues marines s’inscrit dans le programme de suivi de la mégafaune du Parc naturel de la mer de Corail, qui porte également sur les mammifères marins, les grands requins et les oiseaux marins. Encadré par le service du parc naturel de la mer de Corail, ce programme est cofinancé par l’État (Fonds vert et France Nation Verte), l’Office français de la biodiversité (OFB), l’IRD, le WWF France et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
POURQUOI LA TEMPÉRATURE DES NIDS EST-ELLE DÉTERMINANTE ?
Chez les tortues marines, la température d’incubation influence directement le sexe des tortillons : des températures plus élevées produisent majoritairement des femelles, tandis que des températures plus basses favorisent l’émergence de mâles.
Dans un contexte de réchauffement climatique, le suivi thermique des nids est donc essentiel pour anticiper l’équilibre démographique futur au sein des populations.
L’ÉQUIPE À BORD DU NAUTILUS 360
WWF :
- Julie PEZIN (Cheffe de projet, chargée des projets marins WWF France ) ;
- Marc OREMUS (Responsable du bureau WWF France de Nouvelle-Calédonie;
- Salomé Bitaud-Canoën (Stagiaire WWF France Master 2 - Projet Mégafaune) ;
- Hubert Géraux (expert conservation et plaidoyer WWF France);
- Yaëlle Labigne (attachée de presse WWF France pour encadrer les médias invités : Le Monde, Brut, Géo).
Université de la Nouvelle-Calédonie :
- Pascal Dumas (Maître de conférences géographie géomatique HDR UNC-UMR Espace-Dev à l’UNC, Chercheur en géographie du littoral) ;
- Sophie Morisseau (Post-doctorante UNC/IRD UMR-Entropie/UMR Espace-Dev).
SPNMCP:
- Maële Brisset (chargée de la science et de suivis).