La Biodiversité

ECOSYSTÈME PROFOND : LES ZONES REMARQUABLES

En l'état actuel des connaissances, certaines zones retiennent fortement l'attention : la chaîne des guyots de la ride de Lord Howe, le banc Lansdowne et les monts de Fairway, la ride de Lord Howe, la ride de Norfolk au nord et au sud de la Grande Terre, la ride des Loyauté, les bordures de la fosse des Nouvelles-Hébrides et en particulier la zone de Matthew et Hunter.  

On parle d'écosystèmes profonds particulièrement remarquables à cause de leur diversité biologique : familles de coraux froids, poissons, crustacés ou mollusques. Grâce aux prélèvements scientifiques menés depuis plus de 30 ans (campagnes du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle et de l'Institut de Recherche et de Développement), la biodiversité des écosystèmes profonds de Nouvelle-Calédonie, même si elle demeure incomplète, est l'une des mieux connus de l'océan pacifique. Certains secteurs demeurent largement méconnus, comme les fonds situés en dessous de 2 000 mètres de profondeur ou à forte pente.

ECOSYSTÈME PROFOND : DES HABITATS DIVERSIFIÉS

Rides, monts sous-marins, pentes insulaires et canyons, plaines et fosses abyssales, les habitats profonds sont diversifiés et fragmentés. Sur les rides et les monts sous-marins les moins profonds, certaines espèces de coraux froids, de gorgones, et d'éponges peuvent former des récifs et recouvrir une partie significative du parc naturel de la mer de Corail (3 à 10 % en fonction des groupes d'espèces). Ces habitats exceptionnellement abondants sont potentiellement favorables à la présence de ces espèces fragiles dont l'existence dépend du maintien de bonnes conditions environnementales. 

Certains monts sous-marins abritent également des quantités importantes de poissons vivant près du fond sans y vivre de façon permanente. Les monts sous-marins sont dispersés dans l'ensemble du parc mais sont particulièrement abondants sur la ride de Norfolk, la ride des Loyauté et la chaîne des guyots de la ride Lord Howe. Il en existe 149 représentant une superficie de 170 460 km2 et permettant le renouvellement des espèces ainsi que leurs dispersions. 

La présence d'une zone volcanique active dans les environs de Matthew et Hunter est favorable à la présence de sources hydrothermales, propices au développement d'une faune très originale. Grâce à l'histoire très ancienne des rides continentales du parc naturel de la mer de Corail, la faune profonde de Nouvelle-Calédonie comprend un grand nombre d'espèces appartenant à des groupes considérés comme éteints depuis des millions d'années. Il s'agit là du nautile ou encore du crinoïde pédonculé.

Profil bathymétrique de l’espace maritime de la Nouvelle-Calédonie d’est en ouest passant par le Banc Capel et l’île Hunter

Profil bathymétrique de l’espace maritime de la Nouvelle-Calédonie d’est en ouest passant par le Banc Capel et l’île Hunter

LES CORAUX FROIDS ET GORGONES : FRAGILES ET VULNÉRABLES

Ce sont des espèces fragiles principalement concentrées sur les rides et les monts sous-marins à des profondeurs comprises entre 200 et 2 000 mètres. Leur biodiversité est exceptionnelle en Nouvelle-Calédonie car plus de 300 espèces de coraux sont actuellement décrites. Jusqu'à 40 espèces de coraux froids ont été observées sur un même site. Pourquoi les nomme-t-on ainsi ? Parce que ces coraux vivent dans des eaux d’une température de 4 à 13 degrés, et doivent se passer de lumière. 

Certaines espèces de coraux froids dites architectes comme Enallopsammia rostrata et Solenosmilia variabilis modifient leur environnement et peuvent former des récifs. Ce qui contribue à l'installation d'écosystèmes très diversifiés. Ils ont donc une importance écologique particulière. 

Les superficies estimées d'habitats favorables est de 83 400 km2 pour E.rostrata et de 49 000 km2 pour S.variabilis. La superficie de présence simultanée pour les 2 espèces est estimé à 39 500 km2. Ces espèces sont particulièrement vulnérables au changement climatique, à l'acidification des eaux, à la pêche au chalut (filet trainé par le bateau de pêche, le chalutier) et à l'exploitation des ressources minérales.

Enallopsammia rostrata, NODC Taxonomic code

Enallopsammia rostrata, NODC Taxonomic code

Solenosmilia variabilis, courtesy of NIWA

Solenosmilia variabilis, courtesy of NIWA

FOSSILES VIVANTS : RARES ET UNIQUES

Il existe d'importants groupes d'êtres vivants anciens, représentants actuels de familles ayant été florissantes entre moins 65 et moins 25 millions d'années. Les cas les plus spectaculaires se trouvent chez les mollusques : nautiles, pleurotomaires (coquillages venus du temps des dinosaures) mais aussi les éponges, les crinoïdes pédonculés (voir image) et les brachiopodes (êtres vivants munis d’une coquille à deux valves). 

Ces fossiles vivants prennent vie sur les fonds inférieurs à 2 000 mètres. Leur présence actuelle serait liée à un contexte favorable, localement peu modifié au cours du temps. 

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Pleurotomaire et faune associée, IRD

Pleurotomaire et faune associée, IRD

Le nautile endémique de Nouvelle-Calédonie (macomphalus) Laurent Ballesta / L’œil d’Andromède

Le nautile endémique de Nouvelle-Calédonie (macomphalus) Laurent Ballesta / L’œil d’Andromède

Fossile de nautile, Cyrille Huruguen, ASNNC

Fossile de nautile, Cyrille Huruguen, ASNNC